Espaces en danse

Cycle d'ateliers 2014-2015 : Espaces en danse

Espaces en danse est une proposition pédagogique autour de la notion fondamentale « d’espace » en danse, construite sur un cycle d’ateliers (8 ateliers entre septembre 2013 et juin 2015). Nous y avons travaillé sur la relation entre dedans et dehors, centre et périphérie, soi et les autres ; l’espace que nous habitons et co-construisons simultanément ; l’attention portée aux limites, aux frontières, aux espaces ‘entre’.

Chaque atelier se veut une manière singulière d’inviter à explorer l’incessant va-et-vient entre le dedans et le dehors, l’intérieur et l’extérieur, soi et les autres. Cette proposition s’appuie sur différentes techniques de mouvements et d’expressions corporelles (danse contemporaine, contact-improvisation, danse butô, pratiques somatiques) et sur l’apport de divers matériaux (textes philosophiques, poèmes, matières sonores, objets).

 

Quelques aperçus de trois des ateliers :

Atelier : habiter/construire sur les lignes

« Il n’y a pas un dehors et un dedans, un corps et un espace. L’espace est, d’emblée, pris dans la phénoménologie de sa construction imaginaire. Le rapport à l’espace est un des premiers paramètres pour inventer du geste, pour ouvrir son potentiel de mouvement. » Hubert Godard

« Corps et environnement font partie de la même expérience. » Odile Rouquet

Partir de la peau, de l’enveloppe, de la membrane. La peau, comme zone perméable de rencontres et de mélanges, comme tissu, c’est-à-dire enchevêtrement de fils.

L’espace entre les corps est lui aussi tissé de fils, de lignes de force, de désirs, comme autant de manière de se relier les uns aux autres. Cet « espace entre » n’est pas une donnée physique et mesurable, mais un espace des possibles, un potentiel d’action. C’est la présence, l’attention qu’on lui porte qui le fait exister et lui donne sa densité. En japonais, on nomme ma cet intervalle d’espace et de temps qui laisse advenir l’inconnu.

Petit à petit, les fils de laine s’enchevêtrent et se tisse une toile d’araignée géante, architecture mobile sans forme préétablie ; qui vient redistribuer le groupe dans l’espace et chacun par rapport au groupe.

 

Atelier : Faire corps – Exploration in-situ au bois de Vincennes

« Au Japon, on dit souvent qu’il faut commencer juste à côté de son corps. Il faut détruire l’habitude. Si tout le monde commence juste à côté de son corps, chacun à côté des autres, alors il y a un territoire commun, avec des pénétrations réciproques du territoire. [...] Nous ne sommes pas des êtres aboutis et refermés, nous sommes criblés de trous. Ce sont ces trous qu’il nous faut continuer à regarder, comme autant de rêves même à venir. [...]. De là naît un mouvement de va-et-vient qui nous fait concrètement sortir de la détermination figée, et qui produit finalement des vibrations dans les rapports de pouvoir. » Min Tanaka, Entretien.

« Si le dedans se constitue par le plissement du dehors, il y a entre eux une relation topologique : le rapport à soi est homologue du rapport avec le dehors. C’est tout le dedans qui se trouve activement présent au dehors sur la limite des strates. Le dedans condense le passé sur des modes qui ne sont nullement continus, mais le confrontent à un futur qui vient du dehors, l’échangent et le recréent. » Gilles Deleuze, Foucault.

Proposer de porter notre attention sur le plus proche et le très lointain, le micro et le macro, les détails du local et le cadre global. Chercher le passage fluide de l’attention du petit corps (les limites de ma peau) au grand corps (jusqu’où s’étend ma perception). Me percevoir dans cet entrelacement des sens (kinesthésique, auditif, tactile, olfactif, visuel). Renouveler, à chaque instant, le cadre attentionnel: la surface de ma peau en contact avec le sol, l’odeur du sous-bois, les rayons de lumière qui filtrent entre les arbres, l’alignement de mes os, les bruits lointains de la forêt et de la ville, le toucher de mon partenaire, l’humidité de la terre, le poids de ma tête, l’air sur mon visage, la tension de mes muscles, la présence des autres…

Puis lentement, faire corps avec ce qui m’entoure, laisser advenir l’autre en moi, devenir feuille, arbre, végétal, mousse, terre, brindilles. Vivre à chaque fois une nouvelle transformation : ne pas représenter un arbre en général mais devenir cet arbre singulier avec ses propres racines, excroissances, ramifications, feuillages, … Danser à l’écoute des autres, habiter par toutes ses présences. Faire corps avec le monde.

 

Atelier : Centres et périphéries

« Que peut cette petite parcelle de corps, ce petit recoin, cette articulation qui se réveille et reconquiert une importance centrale ? »

Au cours de cet atelier, nous proposons d’entrer dans l’exploration à partir de la relation du centre du corps à ses extrémités, dans un double mouvement d’expansion et de compression (plier/déplier, aller vers/ramener à soi, ouvrir/fermer, étirer/regrouper, éloigner/rapprocher, dilater/condenser, s’étendre/se recroqueviller,…).

Où se situe ce centre ? Et, de quel centre parlons-nous ? Centre de gravité, centre nerveux, centre des émotions, centre énergétique ? S’agit-il d’un point précis (situé entre le nombril et la troisième lombaire), d’une ligne axiale (reliant le haut et bas, la cage et le bassin, les extrémités inférieures et supérieures), d’une région du corps située au niveau du bas-ventre (le hara de la danse butô) ? Comment s’organise le mouvement depuis le centre du corps jusqu’aux extrémités et depuis les extrémités jusqu’au centre et comment maintenir toujours vivante cette relation, permettre le passage fluide d’un lieu à l’autre ?

Comment tenter ensuite d’englober l’espace dans notre propre périphérie, d’aller au-delà des limites de notre peau, de déplacer le centre de gravité au-delà des limites corporelles, notamment dans la relation de contact avec le partenaire ? Percevons-nous les points de pivots, les centres autour desquels les déplacements s’organisent ?

Enfin, peut-on faire voyager le centre à l’intérieur du corps, renverser la terre et le ciel, inverser les bras et les jambes, la tête et le bassin, « prendre ses jambes à son cou », « mettre l’estomac dans ses talons », abolir les hiérarchies entre les parties ? Comment parvenir à se décentrer ?