D'une ligne à l'autre

Cycle d'ateliers 2016-2017 : D'une ligne à l'autre

« Les êtres se développent et poussent le long des lignes de leurs relations. Cet enchevêtrement est la texture du monde ». Tim Ingold

Avec ce nouveau cycle d’ateliers, nous prolongerons, cette année, nos réflexions sur l’espace en danse, en s’attachant aux lignes : lignes de la main, fibres, horizon, axes, lignes d’erres, trajectoires, filaments, rhizomes, branches, nerfs, tracés, frontières, lignes de fuite, lignées…

Notre corps est un enchevêtrement de lignes – de nerfs, de fibres musculaires, de vaisseaux sanguins, de tissus. Il est constitué par le nouage infiniment serré des flux qui le traversent. Si le corps s’organise selon certaines lignes prégnantes – axes de symétrie qui séparent et relient à la fois le haut et le bas, la droite et la gauche, l’avant et l’arrière – il ne cesse, en même temps, de se prolonger le long d'autres lignes, par-delà les limites de notre propre peau. Nos gestes ouvrent alors des directions dans l’espace et tracent des chemins qui nous relient à nous-mêmes et aux autres.

Lors de ces ateliers, nous vous invitons à venir tracer, relier et inventer de nouvelles lignes.

Nous nous appuierons, pour cela, sur différentes techniques de mouvements (danse contemporaine, contact-improvisation, butô, pratiques somatiques) et sur l’apport de matériaux divers (objets, textes philosophiques, poèmes, matières sonores).

Chaque atelier se développera plus spécifiquement autour d’un axe de recherche et se nourrira d’explorations et improvisations guidées, sollicitant imaginaire et perceptions sensorielles. Les ateliers sont ouverts à toute personne intéressée par le mouvement et l’expérimentation. Aucune expérience antérieure n’est requise.

 

Atelier du dimanche 2 juillet : Limites, seuils et frontières

Exploration autour des territoires du corps et de la cabane.

"La relation du dedans au dehors met en avant la thématique de la limite, du passage à la limite, d'une limite qui ne soit pas une séparation ou un faussé, mais une ligne qui permet, comme dans le cas d'un pont, de faire coexister les contraires et les inconciliables. La question de la limite et de l'entre-deux articule simultanément la relation temporelle entre un dedans et un dehors, et la relation spatiale entre un ici et un ailleurs. Nous sommes à chaque instant ceux qui séparent ce qui est relié et ceux qui relie ce qui est séparé".

Extrait d'un commentaire de l’œuvre de Michel de Certeau, par l'essayiste Olivier Mongin "Le territoire des philosophes" - lieu et espace dans la pensée au XXème s.

 

Atelier du dimanche 15 janvier : Lignées, liens et attachements

Penser le corps comme une ligne de temps entre passé, présent et futur, une lignée entre les générations. Une ligne qui me constitue dans le temps phylogénétique (celui de l’évolution de l’espèce) et ontogénétique (celui de mon histoire personnelle). Imaginer et sentir le corps dans toute sa profondeur, entre l’avant et l’arrière, un corps traversé par d’autres présences passées et à venir, un corps multiple en chemin sur cette ligne de temps.

« Notre durée n’est pas un instant qui remplace un instant : il n’y aurait alors jamais que du présent, pas de prolongement du passé dans l’actuel… La durée est le progrès continu du passé qui ronge l’avenir et qui gonfle en avançant. » Bergson

Penser les liens et les attachements (culturel, social, affectif…) qui nous constituent comme des directions ouvertes dans l’espace, des supports sur lesquels prendre appui, des contraintes permettant de trouver son propre chemin.

Explorer ce lien avec les autres, dans une structure en toile d’araignée.

 

Atelier du dimanche 20 novembre : Les lignes d'horizon

" Je ne pense pas que l'horizon soit un fond stable sur lequel se détachent des plans successifs. Je pense au contraire que l'horizon se décompose en une multiplicité de lignes qui se renouvellent sans cesse. L'horizon n'est pas une limite, mais une épaisseur dotée d'une puissance de cohésion et d'ouverture."

"Quand je regarde un champ cultivé qui, à ses confins, va jusqu'à toucher le ciel, je vois cette ligne trembler et s'épaissir. Je vois la terre et le ciel, ces deux mondes, s'interpénétrer. Le sol du champ est fertile parcequ'il y a du ciel dans l'épaisseur de la terre." Michel Corajoud - dans Le paysage c'est l'endroit où le ciel et la terre se touchent.

1- L'horizon comme membrane poreuse où se mêle ciel et terre.

2- L'horizon comme ligne de fuite qui ne cesse de s'éloigner à mesure que j'avance. L'horizon comme l'inatteignable objet du désir.

3- De la multiplicité des horizons. La question du cadre, du point de vue.

 

Atelier du dimanche 16 octobre : Longer, prolonger, suivre

"Comme la vie la ligne n'a pas de fin. Ce qui compte ce n'est pas la destination finale mais toute les choses intéressantes que l'on rencontre en chemin.Car quelque soit l'endroit où l'on va, on peut toujours aller plus loin".
Tim Ingold - Une brève histoire des lignes.
 
"La ligne qui longe est, pour reprendre les termes de Klee, une ligne partie en promenade. La ligne qui traverse est un connecteur, reliant des points disposés sur un espace à deux dimensions. (..) Le voyage n'est pas une activité de transition marquant le passage d'un endroit à l'autre, mais une manière d'être. (...) Le voyageur et sa ligne sont ici une seule et même chose. Cette ligne se développe, tandis que le voyageur avance, suivant un processus de croissance et de développement constant, ou d'auto-renouvellement.(...). Contrairement au trajet, le transport vise une destination. Il ne cherche pas à développer un mode de vie mais à transporter d'un point à un autre, des hommes et des marchandises de telle façon que leur nature essentielle ne s'en trouve pas affectée. (...). Le transport s'illustre par la dissolution du lien intime qui, dans le trajet, associe la locomotion et la perception. Le voyageur transporté devient un passager; lui même il ne se déplace pas: il est déplacé d'un endroit à un autre."
Tim Ingold - Une brève histoire des lignes.